Interview avec le représentant du PNUD en Haïti : le RAMSA met les Madan Sara au cœur des échanges
Dans le cadre de l’émission Wi Ayiti Kapab, Xavier Michon, représentant du Programme des Nations unies pour le développement en Haïti, s’est entretenu avec Jocelyne Jean Louis, coordonnatrice du Rassemblement des Madan Sara d’Haïti. Au cœur des échanges : la place centrale, mais encore insuffisamment reconnue, des Madan Sara dans le fonctionnement de l’économie haïtienne.
Issue de la cinquième génération de Madan Sara, Jocelyne Jean Louis a mis en perspective une activité qui dépasse le cadre du commerce informel pour s’inscrire dans une dynamique historique de transmission et de résilience. Ce réseau de femmes, actif sur l’ensemble du territoire, constitue un maillon essentiel dans l’approvisionnement des marchés et la circulation des produits agricoles.
L’entretien a également permis de mettre en lumière les conditions particulièrement difficiles dans lesquelles évoluent ces commerçantes. Insécurité sur les axes routiers, infrastructures marchandes précaires, absence de protection sociale : autant de contraintes structurelles qui fragilisent leur activité, en dépit de leur rôle déterminant dans l’économie nationale.
Malgré cette contribution majeure, les Madan Sara demeurent peu prises en compte dans les politiques publiques. Une situation que le RAMSA tente de faire évoluer à travers une mobilisation structurée. L’organisation revendique aujourd’hui près de 48 000 membres réparties dans les dix départements du pays, traduisant une montée en puissance progressive de cette représentation collective.
Au cours de l’échange, la coordonnatrice nationale du RAMSA est revenue sur le protocole d’accord signé avec l’État haïtien, présenté comme une première étape vers une reconnaissance institutionnelle. Elle a toutefois insisté sur la nécessité d’aller plus loin, en mettant en place des politiques publiques adaptées aux réalités du secteur.
Parmi les priorités évoquées figurent notamment la sécurité des déplacements, l’accès au crédit, l’amélioration des infrastructures et la reconnaissance formelle de ces actrices économiques. Autant d’enjeux jugés essentiels pour renforcer un secteur qui, de fait, soutient une part importante de l’économie nationale.
Au-delà des constats, l’entretien met en évidence une réalité souvent sous-estimée : les Madan Sara ne constituent pas seulement un segment du secteur informel, mais un véritable moteur économique. Leur intégration effective dans les politiques publiques apparaît, dès lors, comme une condition nécessaire à toute stratégie de développement durable en Haïti.

